Jean Pierre Ceton
romans

ON NE PEUT PAS AVOIR ÉCRIT LOL V. STEIN  ET DÉSIRER ÊTRE ENCORE A L'ÉCRIRE

A l'automne 1980, peu de temps après la diffusion à la radio des "Entretiens avec Marguerite Duras" , que j'avais produits pour France Culture, Marguerite m'a dit "il va falloir qu'on fasse quelque chose avec ça". J'en avais été assez surpris parce que je pensais vraiment avoir fini ce travail dans lequel je m'étais investi avec beaucoup d'enthousiasme. Elle venait de recevoir les cassettes audio de l'émission que Radio France lui avait envoyées et  elle avait déjà commencé elle-même à les transcrire (voir une des pages manuscrites).
Ensuite elle a été prise par beaucoup d'autres projets , une ou deux fois, des années plus tard, elle m'a glissé qu'on devrait poursuivre ensemble ce travail là...
En 2009, je suis invité à une lecture d'un texte de Duras -dans ce joli petit théâtre du Temps- par Catherine Gottesman qui me demande en fin de lecture si je verrais un autre texte de MD qui pourrait être lu  dans ce même lieu...
Ainsi m'est revenue l'idée de travailler sur la transcription de ces Entretiens.
Très vite, élaguant les redites ou tics de la langue parlée, j'ai perçu que MD y était présente de toute sa personne et  j'ai du coup vu apparaitre une texture prompte à être lue, mais également à être interprétée, de sorte de la rendre vivante, elle et sa parole écrite, comme l'indique la phrase que j'ai choisie pour titre à ces dialogues.
(voir les blogs ci-dessous)
Une 1ère répétition publique en a été donnée le samedi 6 mars 2010, à 18h et 20h30, et le dimanche 7 mars à 20h30.
La  1
ère Générale publique a eu lieu les vendredi 11, samedi 12, dimanche 13 juin 2010 à 18h30 et 20h30
au théâtre du Temps 9, rue Morvan  Paris 11e 
metre Voltaire  01 43 55 10 88.
La première représentation publique est prévue debut Octobre...


 

Dialogues extraits des ENTRETIENS AVEC MARGUERITE DURAS PAR JEAN PIERRE CETON
enregistrés
à Hyères et Trouville en 1980 pour France Culture

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JPC- Je crois que c'est Queneau qui vous a dit que vous étiez écrivain, au tout début.

MD- Il ne m'a pas dit ça comme ça …Oui, j'avais un livre qui s'appelait Les Impudents qui avait été refusé par Gallimard.
JPC- Le premier ?
MD- Oui. Alors après, il m'a téléphoné, Queneau. Il m'a fait venir et il m'a dit simplement ça, que je n'avais qu'une chose à faire dans la vie, c'était d'écrire.
JPC- ... C'est pourquoi on écrirait alors? Parce que ce serait la seule chose qu'on aurait à faire ?
MD- Oui, à la place de rien. Ça ou rien. C'est-à-dire, oui, c'est impossible de ne rien faire, je l'ai dit, alors on écrit. C'est peut être, au fond, la définition la plus exacte... Vous êtes d'accord que c'est très, très près du « rien faire ».
JPC- « Quand avez-vous commencé à écrire ? » avez-vous demandé, à Queneau, en 1960...
MD- Oui... Vous me posez cette question à moi?
JPC- Oui, parce que vous l'avez posée à Queneau…
MD- J'ai une date dans la tête, c'est à 12 ans. Peut-être j'ai commencé un peu après, un peu avant. A douze ans je sais que j'ai fait des poèmes comme tous les enfants de douze ans.
Mais j'ai quand même un souvenir précis. Je me souviens de l'avoir dit à ma mère. Un soir. Il y avait une voiture à cheval, on prenait la voiture à cheval et on allait se promener dans la campagne tous les soirs, surtout en période de mousson. Vous savez, la chaleur était telle qu'on se promenait, pendant des heures, deux ou trois heures tous les soirs, comme ça, on partait jusqu'à la nuit.
Et j'étais seule avec elle et je lui ai dit - je me souviens très bien de l'endroit, il y avait une sorte de haie, il y en a très rarement en Indochine le long des rizières, là il y en avait une, il y avait des arbres. J'étais enchantée de voir des arbres là, vous savez c'était la Plaine des oiseaux, c'est-à-dire la plaine la plus au sud de la Cochinchine, il n'y a que de l'eau et de la terre - Oui. Je lui ai dit : "je veux écrire des livres, c'est ce que je veux faire".
Ma mère a souri et elle n'a rien dit.

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JPC- "A l'origine d'Aurélia Steiner, dites-vous, il y a une lettre adressée à quelqu'un que je ne connais pas". J'ai l'impression que ce qui fait cet écrit constamment chez vous, c'est une lettre adressée...
MD- Oui ce qui veut dire que j'avais quand même besoin d'un certain support, si vous voulez, de l'amour... J'écrivais à quelqu'un que je ne connaissais pas, mais avec qui j'avais parlé au téléphone, qui avait une certaine voix, une certaine façon de dire les choses et pour lequel j'éprouvais de l'amour... Comme un amour vécu, sans visage, sans présence, donc nous sommes un petit peu dans les eaux du Navire Night...

Je vous dirai, il ne faut pas grand chose... pour que ça se produise.
JPC- L'écriture ?
MD- Oui. Mais il faut quelque chose. Il faut quelque chose quand même.

JPC- "On écrit toujours sur le corps mort du monde ou le corps mort de l'amour", avez-vous écrit.
MD- Oui. Ce n'est pas possible d'écrire dans l'amour même, dans la folie de l'amour... je le sais, on ne peut pas écrire, on ne peut rien faire, donc écrire non plus.
C'est après seulement qu'on aperçoit quelque chose de possible à dire. Enfin, si vous voulez, pour moi l'écrit est complètement lié à ça. Je ne peux même pas penser une seconde autrement.
J'inclus dedans par exemple tout ce qui a provoqué Aurélia Steiner, les trois textes.
C'étaient des textes que j'adressais à quelqu'un, tout de suite. Il y avait deux personnes à qui j'écrivais... Oui, quand on est seule dans sa citadelle de chambre noire, on peut se permettre des adultères. En fait j'écrivais à deux hommes... leur réponse était immédiate, comme un geste si vous voulez. Dès que j'envoyais un texte, à l'heure même où le texte était lu, on me téléphonait.
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15 mai 2010//

Bonne nouvelle, 1ère générale de «On ne peut pas avoir écrit Lol V Stein et désirer être encore à l'écrire...»
Après la 1ère répétition publique des 6 et 7 mars, une 1ère générale sera donnée les 11, 12 et 13 juin, à 18h 30 et 20h 30, au Théâtre du Temps. De nouveaux acteurs rejoignent la dream team de mars dernier, il y aura aussi quelques petites modifications, car ce qui est devenu un spectacle poursuit son parcours évolutif avec en ligne de mire: la version longue à partir de novembre et -surtout- la première première représentation publique au début octobre, c'est-à-dire trente ans, quasiment jour pour jour, après m'être rendu chez MD à Trouville pour enregistrer les Entretiens.

4  février 2010//

Les 6 mars à 18h et le 7 à 20h30, au théâtre du Temps: «On ne peut pas avoir écrit lol V...»
Bien sûr cette première répétition publique, ce sera moins qu'une lecture pour laquelle j'aurais réussi à réunir Bulle Ogier et Michael Lonsdale ou Axel Bogousslavsky. Assurément ç'aurait été une lecture magnifique, mais d'une certaine façon une lecture définitive. Encore que Bulle m'a dit son embarras à l'idée de lire la parole de MD parce que sous chacune de ses phrases elle entendait sa voix, au point de ne pas imaginer ce qu'elle aurait pu ajouter elle.
Avec un peu de mise en espace, cette première répétition publique sera donc aussi un peu plus qu'une lecture. En effet, en faisant appel à de jeunes comédien(ne)s je me suis lancé dans une autre aventure, celle de la découverte du texte et de la jubilation de le découvrir.
Et pour lire le texte de MD, j'ai choisi trois comédiennes, parce qu'une seule aurait dû soutenir le poids de représenter MD, ce qui aurait été franchement lourd et l'aurait exposé à la critique de ne pas le faire! De plus cette triple présence peut figurer la diversité et la complexité de la personnalité de Dame Duras. Par exemple Michelle Porte disait « avec MD on se plaignait et on pleurait » tandis que pour moi, c'était «on se parlait et on riait». C'est d'ailleurs cette dernière piste que j'entends privilégier, en accord avec le ton des Entretiens pour France Culture...

25 janvier 2010//

Pourquoi faire appel à des comédiens de 20/30 ans pour lire ces dialogues tirés des Entretiens avec MD? D'abord parce qu'ils n'ont pas connu Duras, ne l'ont pas même vu intervenir à la télé, ou bien ne s'en souviennent plus. Ils ne connaissent pas très bien son oeuvre, parfois n'ont vu que l'Amant, le film, ou lu seulement Un barrage ou Le marin de Gibraltar. En revanche quand ils la lisent, ils le font bien différemment de la plupart des lecteurs des années 1970/90 qui trouvaient ses livres difficiles. Et il ne leur viendrait surement pas à l'idée d'affirmer comme la critique (qui était très critique à son égard) qu'il ne se passe rien dans ses livres ou bien que c'est ennuyeux ou encore que son écriture est pleine de tics.
Appel à des comédiens de cette génération 2000 donc, à qui je ne demanderai pas de jouer Duras, ni de faire du Duras ni même d'être durassien. Bien plutôt de faire entendre la parole écrite de Duras dans une envie de découverte, au fond à la manière dont je suis allé la voir, enthousiaste de comprendre ce qui faisait que MD parlait, vivait et écrivait en écrivain. Jusqu'à écrire avec elle cette conversation en forme d'entretiens.
Il s'agit donc d'aborder son écriture sans crainte, avec douceur et aussi avec détermination, de proférer ses phrases pour la tester peut-être et, au final, « d'enjouer » la lecture du texte afin de transmettre le plaisir qu'on peut ressentir à la lire, quoi? de rendre le coté jubilatoire de son écriture...

20 janvier 2010//

C'est une histoire un peu merveilleuse d'une certaine façon. Ponctuant, au début et ensuite, ma belle relation d'amitié avec Marguerite Duras, j'avais produit Les Entretiens pour les Nuits magnétiques sur France Culture et puis écrit La Fiction d'Emmedée, un roman dont elle est le personnage principal. Je ne pensais plus me remettre sur son chemin ou y être redirigé jamais. D'ailleurs certains ont pu me dire, Duras, ça va, faut oublier maintenant. Il se trouve que j'avais un peu vécu la Fiction d'Emmedée à travers une pensée pour Diderot et son Neveu de Rameau. Dans la limite de toute comparaison. C'est à dire qu'il s'agissait d'une vraie relation, ayant existé...
Voilà que Catherine Gottesman après une lecture de textes de Duras au théâtre du Temps me demande si je verrais d'autres textes qui pourraient être lus. A l'instant je ne sais pas, j'avais dit en souriant, mais je vais réfléchir. Parce que souvent ça me plait de réfléchir sur quelque chose que je ne connais ou ne comprends pas. Et même longtemps, bien sûr pas à tous les moments des jours. Des mois plus tard, j'ai appelé pour lui parler des Entretiens. Catherine G et Alissa Thor m'ont aidé à les transcrire et je me suis mis à les travailler en gardant bien entendu l'entièreté des propos de MD. Un jour CG m'a dit il y aurait des dates, peut-être pas en fin d'année mais en début de celle à venir. En décembre, elle a dit fin février / début mars. Il suffisait de dire oui, en fait de ne pas dire non. Puis de rencontrer des comédiens, mi-janvier je n'en avais pas. Et puis voilà le 6 et 7 mars au théâtre du Temps,
1ère répétition publique, en version courte pour des raisons de bonne raison.
10/01/06 / tous droits réservés / texte reproductible sur demande / m. à  j.  10/05/21