Jean Pierre Ceton
romans

LE BLOG DATE : notes des jours, chaque jour, parfois ou presque...
BLOG DATE  1-09 // 2-08 // 1-08 // 2-07 // 1-07 // BLOG COMP'ACT 06


 

1er septembre 2010//

Mais qui donc aime la rentrée, à part les amateurs de foot dont le championnat a déjà repris en aout?
Les amoureux de la littérature qui se réjouiraient de la rentrée dite littéraire? pas bien sûr...
Les auteurs ont l'air de souffrir, ceux qui en sont et ceux qui n'en sont pas. Les critiques se plaignent -enfin ils devraient- d'être dans l'incapacité de lire toute cette production qui pourrait tout aussi bien être étalée sur les longs mois de l'année. Ils se plaignent aussi de la médiocrité de beaucoup de livres mais en parlent quand même...
Peut-être les gros éditeurs qui auraient intérêt à en sortir plein pour faire financer leur trésorerie par les libraires (source: un billet de la République des livres de l'an dernier).
Ce qu'il y a de triste dans la rentrée, c'est la perspective de devoir recommencer à peu près dans les mêmes conditions. Les vacances étaient une fuite hors du truc et puis faut revenir dans l'ordinaire, horrible!
Pire, c'est l'injonction au fond qu'il faut rentrer dans le rang. Rentre ou va crever avec les Roms! (j'exagère).
J'avais rêvé pour ma part -et rêve encore- qu'en toute logique mon livre « Le petit roman de juillet » sorte en juillet, hélas aucun des éditeurs que je connais n'a trouvé que c'était une bonne idée...

30 aout 2010//

On sera de plus en plus déprimés, dit Houellebecq, en raison du niveau d'exigence des humains. Lui qui, comme il le laisse entendre, écrit clairement des livres pour les « cons » et pour ce faire aligne autant que c'est possible les clichés les plus ordinaires, a parfois des instants de clairvoyance. Sauf qu'il en tire des conclusions imbéciles.
Oui le niveau d'exigence des humains s'accroit, c'est même une donnée notable que la plupart ne veulent pas voir. C'est pourtant une source de plus grande conscience et d'exaltation, même pour les quelques déprimés que ça peut déprimer en effet.

21 aout 2010//

Les animateurs d'émissions invitent de plus en plus des spécialistes, notamment des universitaires. Sans vouloir critiquer ces derniers, quelque chose de comique s'instaure dans la présentation que l'on fait d'eux. En général on les décrit comme enseignant en... au département de... à l'université de... et également enseignant à l'université de... en outre directeur du laboratoire de... A quoi on ajoute le titre de leur dernier ouvrage, complété d'un sous-titre à rallonge... Le tout prenant donc l'allure d'un étalage interminable.

12 juillet 2010//

Si je contre chaque fois les phrases glissées dans le discours, comme vérités évidentes sur l'époque, du genre « tout s'appauvrit, détérioration de tout, on est revenu en arrière... » ... c'est pour résister au discours de l'extrême droite.
Par exemple, avec la transparence et l'information généralisée, on finirait par avoir plus peur que lorsqu'on savait rien ou peu et que finalement on connaissait mal le risque ou les dangers. Or s'il y a effectivement des faits divers horribles, il se trouve que la criminalité en général tend à diminuer en nombre depuis un siècle alors que la population a plus que doublé...
Donc si je mets en avant cette vérité statistique c'est pour contrer l'efficacité de la phrase de café: "Avec tout ce qui se passe"!
Et c'est mon engagement à lutter contre le discours populiste dont on découvre qu'il est en fait repris de façon majoritaire...

10 juillet 2010//

Un critique journaliste (et écrivain bien en place) fustige le monde de l'édition qui ne parlerait plus que de combien valent les auteurs, enfin quelques-uns, une dizaine... Lui qui connait bien le milieu doit savoir de quoi il parle quand il ajoute que la question de savoir si les livres sont bons ou intéressants ne se pose plus...
Donc la question est à poser.
Outre l'appât de gains massifs, le système est en fait piégé par la demande des lecteurs massifs. Eux, ce qu'ils veulent c'est une sorte de reflet de leur propre vision des choses... Les auteurs se doivent de leur raconter plus ou moins ce qu'ils savent ou pensent (?) déjà...
Précisément ils veulent qu'on leur re-serve leur idéologie, pensée ordinaire et tradi, avec décorum culturel!
Donc tout ça n'a rien à voir avec la littérature qui a sans doute pour objet de continuer d'inventer le monde...

8 juillet 2010//

Le Maire de Paris voit un rapport entre l'atmosphère délétère de la France de la fin des années 1930 et « l'époque actuelle » .
En tout cas les extrémismes de droite d'aujourd'hui n'ont heureusement rien à voir avec ceux de cette époque lointaine... Où le maire de Paris a t-il vu les événements de février 1934 dans sa capitale?
Cette comparaison entre les années 1930 et celle de 2010 est absurde, elle est même franchement suspecte... C'est très étonnant de la voir pratiquer par divers acteurs médiatiques bien différents. Certains croient y déceler des similitudes convaincantes au point de la développer dans une apparente jubilation. A se demander s'il n'y a pas une fascination inconsciente pour le chaos qu'elles représentaient et à quoi elles ont abouti.
Je me sens libre de dire que non, hormis la fameuse crise économique, rien ne rapproche ces périodes-là. Et que surtout rien ne peut permettre de penser que nos années présentes peuvent s'engager dans ce chaos-là.

2 juillet 2010//

Qu'est-ce qui explique que je doute souvent des affirmations des conversations usuelles.
D'abord que ces conversations ont en général comme moteur le fait d'épater ou de s'épater soi-même.
Ensuite qu'elles forcent les faits par principe à la manière des contes des conteurs...
Et puis, surtout, je suis peu croyant, donc je ne crois pas facilement. Par exemple que le président prend de la coke avec sa femme, ou bien que 1984 s'est réalisé (ce livre qui dépeignait en fait le stalinisme) ou bien que tout s'appauvrit de nos jours quand les possibilités ne cessent de s'accroitre...
En fait je me refuse aux assertions trop grosses et fatiguées, par exemple: la France est devenue une république bananière, car alors je pense, mais quel mot pourrait-on utiliser pour qualifier les républiques bananières, cad les pays où la corruption est généralisée, où la police est plus dangereuse que les mafias?
Ou bien: Ça n'a jamais été aussi pire... Car qu'aurait-on pu dire des périodes horribles de l'histoire, celle de la guerre nazie ou de la peste qui tuait la moitié de l'Europe?
Oui mais je suis un convive pas agréable, à force de tout mettre en doute, un peu rabat-joie du coup, de ne pas croire ce qui fait tant plaisir à croire au pékin (péquin) de partout...
Alors je prends des gants, je dis: tu crois vraiment?... Ah oui? je ne savais pas!... Oh, peut-être c'est un peu exagéré, non?... Ou, carrément: moi je ne crois pas à des choses pareilles!

22juin 2010//

Tout s'appauvrit dit N. Ah oui, tout tout s'appauvrit! rétorque son voisin. Et quoi? qu'est-ce qui s'appauvrit: tout!
Cette affirmation affirmée comme évidence par des jeunes gens qui pourtant peuvent avoir en poche des appareils extraordinaires est rien moins qu'étonnante, surtout qu'elle reprend la thématique de gens vieux déçus d'eux-mêmes plus que de leur époque...
Bien sûr que les écrivains d'aujourd'hui n'écrivent pas tous comme Chateaubriand, mais il faut se rendre compte que de son temps non plus!
En revanche la donnée majeure de cette époque c'est justement selon moi que tout s'accroit, les connaissances, les possibilités...
Ce qui s'appauvrit si j'ose dire c'est par exemple la taille des appareils de communication, de plus en plus petits et en même temps de plus en plus performants.

19 juin 2010//

Deux écrivains se réunissent pour dire combien ils aiment Rimbaud, laissent entendre qu'ils connaissent son oeuvre presque par coeur, à part quelques lettres d'Abyssinie, parce qu'il y en a trop (et puis qu'elles sont de moindre importance)... avouent qu'ils le citent souvent dans leur livre... qu'ils en glissent des phrases dans leurs textes... L'un d'eux a un autre auteur préféré c'est Chrétien de Troyes.
Mais qu'est-ce qu'ils retiennent de Rimbaud? Qu'est-ce qui fait qu'il les inspire aujourd'hui, ne diront rien de tout ça...
Auraient presque pu faire le même éloge il y a 5O ans ou un siècle, encore qu'à cette époque ils auraient sans doute été moins chaleureux...
Qu'est-ce qui les attire chez lui, l'un aurait pu parler d'une forme d'éblouissement...
Et vous donc, il aurait fini par lui dire?
Et bien moi j'aime qu'il ait écrit son « il faut être absolument moderne. »...
Et aussi son « il faut être voyant ».
Ce que souvent je traduis par "il faut voir loin", c'est à dire au-delà des premières couches au moins!

6 juin 2010//

Ils se sont permis de corriger des fautes chez Duras, dans les « Cahiers de la guerre »!
On donne décidément trop de pouvoir aux correcteurs d'édition qui ne semblent pas comprendre que pour l'écrivain, bien sûr que l'orthographe n'est pas la première préoccupation. Non pas, mais d'abord celle d'écrire, d'écrire quelque chose qui ait du sens, qui forme du texte.
Ils se sont permis eux de corriger des fautes chez la Dame, des fautes qui d'ailleurs n'en étaient peut-être pas... En effet si l'on considère que nombre de régles reposent sur le sens, ces correcteurs ont pu ne pas comprendre celui voulu par l'auteur. Ils se sont donc vraisemblablement autorisé à modifier le sens, bon, dans le détail, d'accord.
Aurait il fallu laisser ces « fautes »? Oui, le « sic » aurait été préférable c'est certain, s'agissant en plus d'un texte non publié de son vivant, qu'elle n'aurait peut-être pas souhaité publier. Mais pour les « éditeurs » c'était impensable de laisser des fautes pareilles, péché, sacrilège, impardonnable, on aurait eu honte pour elle!...
Ils devraient pourtant se rendre compte que l'orthographe c'est pas très intelligent en fait. Par exemple, un cheveu, même sans s ni x, c'est déjà un pluriel (latin). Pourtant la règle est d'écrire « un sèche-cheveux », en raison de ce qu'on a il est vrai en gênerai plus d'un cheveu sur la tête... que sinon on pourrait toujours s'arranger de couper en 4.

3 juin 2010//

Dans la série l'orthographe en marche (le français vivant quoi!), cette jolie phrase « Reviens quand tu auras disparue » que Yves-Noël Genod verrait bien comme titre. En fait, sa phrase c'était «Quand tu auras disparue, tu reviendras!»
Bon, normalement, le participe passé après avoir ne s'accorde pas avec le sujet mais avec le complément direct. Donc grosse faute pour toutes les grenouilles académiques. Sauf que cet accord apporte d'évidence une information, ce qui est l'objectif de base de l'orthographie.
Il est signifié en l'occurrence qu'il s'agit d'une femme et non d'un homme.
Ceci légitimerait l'accord avec le sujet, qui était d'ailleurs l'une des options avant que Malherbe impose la règle actuelle qui est particulièrement piégeante!
Règle de plus pas toujours compréhensible et finalement pas très intelligente, je le dis: c'est l'une des torderies du français.
Et si un écrivain ne le dit pas (ne l'écrit pas), qui donc le dira?

28 mai 2010//

Je connaissais mal Jean Couturier, le réalisateur de France Culture qui vient de mourir, à part qu'il a réalisé « Pour échapper au destin » (1ère diffusion, 7 juillet 2004). Certainement, je lui saurai gré toujours par exemple d'être allé enregistrer des séquences de cette pièce radiophonique, dans une voiture, sur les quais de la Seine, ainsi que le texte l'indiquait... Et lui serai toujours reconnaissant d'avoir pris deux jours au moins pour l'enregistrer avec Annick Alane, Anne-Lise Hesme, Arnaud Bédouet, Garance Clavel, Simon Duprez. Au lieu d'une après-midi de prises au lance-pierre, comme cela se faisait généralement.
Par contre je regrette bien de lui avoir répondu non à sa question de savoir si je n'avais pas un autre texte à lui donner, qu'il semblait prêt à réaliser dans la foulée... C'est vrai que je n'avais pas de texte écrit exprès pour la radio. Mais j'aurais pu lui passer les dialogues de « Pathétique Sun » ou de « Fréquence perdue » (film de 1982), faire un découpage de la « Fiction d'Emmedée », lui proposer de prendre des extraits de « Rauque la ville » qu'aucun de mes amis cinéastes des années 1980 n'a pu porter au cinéma. Parfois c'est ne pas penser que de penser trop étroit.

16 mai 2010//

Divagation sur la bêtise des métaphores, par exemple la dernière d'un journaliste qui vient de sortir un énième bouquin sur les dangers supposés de notre époque: celle-ci serait comme une voiture qui plus elle augmente sa vitesse, moins les phares éclairent loin... Il fallait la trouver!
A part que cela s'apparente à la fameuse formule d'aller tout droit dans le mur, cela voudrait montrer que le présent se charge de tant d'informations qu'on a tendance à perdre la mémoire. Ainsi, on ne saurait plus ce qui s'est passé deux ou trois ans auparavant... Cependant nous n'avons pas besoin de garder en mémoire immédiate tout un tas de faits puisque avec le net et les moteurs de recherche nous avons les moyens de retrouver à l'instant même la mémoire du moindre événement passé.
Autre implication de cette métaphore de "chauffeur de Citroën des années 1970", le fait que tellement pris par ce qui se passe dans le moment présent on n'aurait pas ou plus de vision lointaine.
A ce moment précis pourtant la navette américaine rejoint l'ISS dont on s'apprête à modifier l'orbite pour éviter une collision avec un engin dont a repéré la trajectoire... Et puis on découvre une étoile massive qui vient de naitre tout récemment (il y 2 ou 3 millions d'années)...
Chaque jour, je me répéte cela qu'il faut voir loin. Alors que comme tout le monde souvent au téléphone je dis: non, là, je ne suis pas chez moi, car on l'est de moins en moins, en tout cas quand on répond au téléphone. On se trouve dans la rue, au café, dans une boutique, devant l'école, et parfois dans des endroits improbables où cependant l'on peut répondre sans faillir: non, vous ne me dérangez pas du tout!


05 mai 2010//

Y aurait il plus d'évènements que dans le passé de l'histoire? Ou même qu'il y a quelques années encore? C'est vrai qu'on a l'impression qu'il s'en passe de plus en plus. A peine le volcan s'est-il calmé qu'une marée noire se déclenche. Une crise semblait se terminer, une autre s'enclenche. Encore un tremblement de terre, des inondations qui s'en suivent. Une maladie a disparu ou bien se soigne mieux, voilà qu'un nouveau virus survient etc.
On peut facilement poser que l'augmentation considérable de la population mondiale a accru le nombre d'évènements. Les bousculades répétées à l'origine de centaine de morts en Inde ou en Chine, ou les accidents de bacs en Asie ou en Afrique en sont une illustration.
On peut avancer aussi que le développement de l'activité humaine précipite la survenue d'évènements. Pas de catastrophes aériennes au temps de Platon en effet, pas d'accident de plateforme pétrolière sous Jésus, ni d'explosion de centrale nucléaire sous Henri IV. Des éruptions de volcans oui, des tsunamis, des naufrages, des famines, des épidémies, des incendies... Et des guerres autrement plus habituelles, oui.
Le facteur le plus agissant est l'information, la connaissance des faits, et la nécessité dans laquelle nous sommes d'accepter que rien n'est stable, que le monde change tout le temps, qu'il se passe toujours quelque chose, et qu'il y a toujours quelque chose qui ne va pas!

18 avril 2010//

Parole de Victor Cherre qui me revient: « Je vais réfléchir ». Il dit ça tout le temps.
Et en effet quoi de mieux qu'on puisse faire chaque moment des jours dans notre société qui change sans cesse? Oui, il y a surement rien de mieux à faire que réfléchir et plus que jamais.
A quoi j'ajouterai ma propension actuelle à essayer de toujours dire oui. On peut se voir tel jour? oui. Est-ce que tu es libre tel jour, oui. Si je ne le suis pas, je décale, je tords le calendrier.
Et j'ajoute des heures aux soirées, je vais dans deux endroits à la fois, je parle à plusieurs en même temps et j'aime doublement mes êtres chers.
Surtout je souris de plein de sourires, trois fois plutot qu'une, jusqu'au rire si les yeux d'en face me les renvoient.
Rien que je déteste plus qu'on me propose un rendez-vous le mois suivant même si on est en début de mois, et encore entre 13h et 14h, parce qu'en suite y a ceci cela.
Oui je veux bien, d'accord, ok. Oui, être comme en disponibilité permanente.
Bien sûr je déteste encore plus l'attitude des gens surbookés qui même avec des amis de toujours n'arrivent pas à prendre le temps de répondre au téléphone parce qu'en RDV décisif, ou bien en train d'essayer de dormir dans l'avion retour de Dubaïl
Se mettre en disponibilité, c'est produire une sorte d'amplification d'exister.

14 avril 2010//

Des grandes parlotes sur les rumeurs ont occupé la presse tout le weekend dernier, bien sûr avec de longues interventions de spécialistes de la question (à noter le tandem spécialiste/journaliste désormais intimement lié à la fabrication de l'info).
Et on a redit qu'avec Internet évidemment les rumeurs allaient plus vite et qu'en plus on pouvait difficilement repérer le point de départ.
Il me semble en revanche qu'elles sont beaucoup plus faciles à désamorcer que les rumeurs qui couraient de villes en villes...
Ce qui m'étonne le plus c'est que les gens aient tellement envie d'y croire, à ces rumeurs.
Moi je passe mon temps à dire à des gens: mais non ça c'est des conneries.
Et je vois bien que souvent ils ne me croient pas et même m'en veulent un peu que je ne valide pas ces conneries du haut de ma rigueur intellectuelle.

12 avril 2010//

Jusque dans les années 1960, le mot masturbation ne figurait pas dans les dictionnaires courants. En cherchant bien les pré-ados tombaient sur onanisme dont la définition était peu éclairante. Encore ne se serait-il agi que de la masturbation masculine. C'était un péché pour qui était sous pression de l'église catholique. En outre il se disait que c'était dangereux, parce que ça pouvait rendre idiot et même stérile.
Sur de nombreux sites internet on en fait désormais l'apologie, en particulier de la masturbation féminine, une pratique naturelle, saine, libérant l'énergie sexuelle. Jouissive.
Et même bonne pour la santé, par ex pour les hommes, lutte contre l'éjaculation précoce et prévention du cancer de la prostate, même si c'est un risque plus tardif que la survenue des cheveux blancs.
Moi je persiste à lui préférer l'amour qui d'ailleurs peut tout autant et mieux avoir ces mérites. Oui je préfère le bel amour, le grand désir, ce doux échange, ce jeu génial, le beau cadeau qu'est l'amour. Qu'on peut s'offrir en toute envie, passion, tendresse, as u like à deux.

5 avril 2010//

Il est prévu que les auditions de prisonniers par les juges se fassent désormais en visioconférence pour éviter de les déplacer depuis leur prison jusqu'au tribunal où siège le juge. Car ce sont des déplacements couteux, qui en plus impliquent des protections armées, et qui surtout sont bruyants dans nos rues, puisque les convois doivent actionner au maximum leur sirène pour dépasser les voitures des gens non prisonniers.
(Note de bas de page: bien sûr on aurait pu imaginer que les juges se déplacent, ce qui aurait été plus simple, mais là trop grosse remise en cause des hiérarchies/habitudes en place).
Prévu, mais quand cela viendra-t-il? Beaucoup de mesures sont annoncées mais n'interviennent jamais, sans qu'on sache pourquoi!
Pourtant, ce serait bien pour nos oreilles, de diminuer le nombre de sirènes hurlantes, étant donné que sont inévitables celles des ambulances et des pompiers qui doivent passer en toute priorité, et celles de la police contre qui on ne peut rien faire.
Donc il restera de toute façon assez de sirènes pour nous casser les oreilles. Rousseau, Jean-Jacques, se plaignait du bruit qu'il y avait à Paris (et aussi de la saleté et de la boue) mais je n'arrive pas à l'imaginer ce bruit en comparaison du notre!...

25 mars 2010//

C'est drôle, je suis souvent amené à redire comment j'ai rencontré MD, comment vous avez/ tu as rencontré?... J'avais l'habitude de renvoyer à mon livre La Fiction d'Emmedée  où j'ai décrit cette rencontre. Mais depuis peu je me laisser aller à la raconter comme je peux le raconter tant d'années après...
La sortie de la projection de mon film Narcisso-metal au festival de Hyères... MD à qui je viens d'être présenté me dit « c'est un film d'écrivain »... Le déjeuner en plein air, je suis assis en face d'elle, je lui dis que je pourrais facilement transférer mon rapport à ma mère sur elle... Puis je lui parle d'amis qui passent leur soirée à danser sur la musique d'India Song... Où? A Caen, je dis!
Quelqu'un de Caen m'envoie des lettres, elle répond songeuse... Oui, il en était de ces amis qui jouaient à s'envoyer des phrases du film avec les intonations de Delphine Seyrig...
A la suite de ça que, me voyant en amour avec la belle Livia, MD a décidé de répondre à c(s)es lettres...
Pour dire comment ces faits sont ainsi entrés dans sa fiction, la faisant se développer, la sienne à MD.

25 mars 2010//

Entendu au café Select, une jeune femme assenant à l'homme assis en face d'elle qu'elle n'irait surement pas au Salon du Livre: « Le salon du livre, c'est tout sauf la littérature, elle disait... ah non, non, y aura surement pas Marcel Proust ni Marguerite Duras au salon du livre! »
Il y a bien, je pensais, quelques coins qui ressemblent à en être, de la littérature, mais même là ça n'en garde que les apparences parce qu'ils font tout pour se rapprocher de ce qui n'est pas de la littérature.
Le salon du livre est une affaire commerciale, c'est d'ailleurs la plus grande librairie de France. Ne pas croire cependant que ça existe depuis les Romains... Non, fondé dans les années 80, pour relancer le livre face à la montée de l'image. Je me souviens qu'au 1er salon, l'éditeur Minuit, qui venait de me jeter (il avait pour principe de toujours refuser le second livre, ce que j'ignorais), n'avait pas même un seul exemplaire de Rauque la ville dans son stand. Il est vrai qu'il ne croyait pas que mon livre RLV pourrait se lire, par exemple en 2010.
C'est surtout une grosse foire où les valeurs sont inversées. Plus la superficie des stands est grande et plus il y a de chances pour que les livres soient mauvais ou populistes ou d'une idéologie craignos. Plus il y a de monde à faire la queue pour la dédicace... Plus il y a de contrats signés avec les éditeurs étrangers et plus, etc.
C'est aussi une grande beuverie, à l'inauguration (ce soir). Ce qui n'est pas grave. Sauf que les visages des gens dans les stands rougissent et se défont à mesure qu'ils se donnent de l'importance à être là...

21 mars 2010//

Aujourd'hui c'est la journée mondiale de l'eau, hier c'était le printemps à 17h31 et aussi la journée de la Francophonie. Un jour après, pas grave, dire que j'aime plutôt bien la francophonie, surtout dans ces années récentes où des pays y ont adhéré librement, on peut le croire, et non plus comme par suite logique de la colonisation.
Ce qui me plait en plus, c'est que certains pays, le Québec par exemple, sont bien plus exemplaires que la mère patrie en ce qui concerne la langue française.
Ainsi au Québec, à partir de cette année scolaire, la réforme du français de 1990, dites « Rectifications à l'orthographe », sera acceptée dans tous les examens scolaires et universitaires. Tandis qu'ici à Paris, aucun éditeur, ni université et pas davantage l'Education nationale ne l'applique. Elle est même considérée comme relevant de la faute, tout bonnement. Pourtant le dictionnaire de l'académie admet presque toutes ces rectifications, en parallèle au graphies précédentes, comme on le fait pour clef et clé...

15 mars 2010//

L'aventure de "On ne peut pas avoir écrit Lol V. et désirer être encore à l'écrire"  repart après une pause de quelques jours suite à ces trois 1ères répétitions publiques. Un peu de doute à des moments. N'aurait-il pas été plus raisonnable de trouver une production d'abord et/ou d'attendre le résultat d'une demande de subventions? Non bien sûr que non. Enfin raisonnable peut-être, au diable qu'il aille. Ne pas oublier qu'il y avait deux soirs de théâtre libre, et surtout que maintenant ces trois séances sont dans la mémoire de la centaine de personnes qui y ont assisté. Et dans la nôtre bien sûr, je n'ai pas besoin de fermer les yeux pour visualiser les visages des comédiens éclairés par les écrans d'ordis, ni pour capter leur enthousiasme envers le texte et la jubilation qu'ils avaient à le rendre vivant. J'ai à nouveau relu tous les Entretiens, dans la version première que je vais reprendre pour le « spectacle à venir », donc l'aventure repart maintenant. Mélanie Chereau nous rejoint pour m'assister à la mise en scène. Elle voit qu'il y a d'un côté cette «lecture-mise en espace» d'une heure que nous allons proposer à différents lieux. Et puis un autre projet de fond qui est le "spectacle à venir" pour lequel en effet il faut trouver une production... C'est presque troublant d'avoir eu tant de réactions positives, ce dont je suis vraiment heureux pour les comédien(ne)s, ça donnerait envie de jouer tous les w-ends au théâtre du Temps!

12 mars 2010//

Y-N G. donnait un Hamlet, son Hamlet 3 au théâtre de Vanves le lundi 8 mars. Il dit qu'il montera toute sa vie des Hamlet, et il a surement raison. D'autant qu'il le fait à sa manière, ne reprenant que le schéma de base si l'on peut dire.
Il me semble que chaque fois Yv-No cherche la sortie. La sortie de l'instance. Mais de quelle instance. Le théâtre, la réalité?
Comment se situer hors du réel qu'on n'aime pas tel qu'il est? pourrait être un résumé de l'affaire, coïncidant d'ailleurs avec Hamlet...
Comment sortir du rituel (du tunnel)? ça il sait le faire. Comment sortir de l'instance prédéterminée? il sait bien que ce n'est pas facile, car la force d'inertie est la plus forte de toutes les forces.
Si l'on compare à son très beau spectacle «Yves-Noël Genod» donné à Chaillot en 2009, on voit qu'avec cet Hamlet il reprend une même direction, sauf qu'elle est cette fois un peu plus radicalisée. Cette geste des comédiens qui arrivent sur le plateau, seuls généralement, et qui s'installent par exemple pour déballer un sac ou un caddie. Ou bien qui s'essaient à grimper le long des parois. Qui en effet viennent là pour déballer leur sac au sens figuré, donc pour déclamer quelques vérités souvent drôles. Cette geste est devenue moins importante, les histoires de chaque comédien devenues moins importantes, en tous cas ils parlent bas, déballent bas.
Là, à Vanves, oui, il reste comme une ombre de cela. Comme si Yv-No était allé plus loin dans sa démarche, avait radicalisé son propos. Réduit un peu à la Beckett ou encore comme Duras disait: montrer moins pour voir plus...
Donc l'extérieur surprend de l'importance. Une voix off faible en surgit de temps à autre... Une porte s'ouvre dévoilant une voie d'issue certainement. Et puis peut-être que le sujet momentanément c'est la lumière et en fin de compte le salut de fin...
C'est clair qu'il veut enlever de la séparation, l'instance est donc hors du plateau, en extérieur, on se demande même si ce n'est pas nous le public qui sommes les acteurs, d'ailleurs quand deux ou trois personnes exaspérées -en manque d'humour- quittent le spectacle, on croit un instant que ce sont des acteurs, qui comme certains l'ont fait tout à l'heure, vont aller prendre place sur le plateau... Dire que «prendre place», c'est parfois pour en sortir aussitôt vers le fond ou sur le coté ou vers les spectateurs.
Conclure que de la présence un peu fantomatique sur le plateau, il reste des moments furtifs avec plus d'importance qu'ils semblaient en avoir sur le :moment et, au bout de la nuit, le tout se concentre dans le salut final joué dans la beauté des corps et des êtres, qu'on n'a pas envie de quitter! Salut qui semble pouvoir durer davantage que la pièce elle-même, ou ne jamais finir à la manière d'une fin de symphonie de Gustav Mahler dont on croit toujours qu'elle va se terminer, mais se relance dans la jubilation.
Il y a donc quelque chose de magique ou de mystérieux ou de merveilleux dans cet Hamlet, je n'opterai pas pour l'un de ces M, ni ne distinguerai les comédiens, tous bien.

8 mars 2010//

« J’aimais bien sûr tout ce qui pouvait nous éloigner de la tragédie humaine classique, avais-je repris, la guerre, les famines, les maladies, la cruauté des pouvoirs… Et toutes les libérations… la libération des femmes, parce que c’en était une aussi de libération pour les hommes. »  (in Les Voyageurs modèles)
Cette auto-citation pour dire qu'en effet j'ai vécu la libération des femmes comme une libération personnelle, sans avoir l'impression cependant d'en avoir été réduit dans ma condition d'homme, à part la perte du côté machiste que je n'ai jamais vraiment eu.
Par ailleurs je suis convaincu que les femmes vont finir par transformer le monde, partout en tout cas où elles accéderont massivement à l'éducation et à la politique.
Bien sûr s'il arrivait que prenant résolument le pouvoir, elles finissent par l'exercer avec des méthodes ressemblant à celles des hommes historiques et bien il faudrait reprendre le combat et lutter contre elles.

5 mars 2010//

On ne peut pas avoir écrit Lol V... séance supplémentaire le 6 mars à 20 h.
Ça crée de la vie, m'a dit Axel, après la dernière répétition privée, et unique d'ailleurs, sur le plateau du Temps.
Justement une Impression déjà ressentie, plusieures fois éprouvée, par exemple quand j'avais joué avec lui dans le Parc, mis en scène par Régy à Chaillot. Impression que le théâtre rend la vie plus belle.
Impression revécue à ce moment-là de la répétition qui s'était lancée. Du coup Je n'allais plus l'arrêter, pas même pour une remarque de détails. Plutôt écouter comment parle la voix de cette comédienne, entendre l'enthousiasme révélée par la lecture qui enchaine les dialogues, capter la vie redonnée dans l'échange qui s'instaure...
Est-ce que que le théâtre crée de la vie puisque, en même temps, il nous place en retrait du monde?
Il met en dehors et en fait il amplifie la vie.

22 février 2010//

On ne peut pas avoir écrit Lol V. 6/7 mars, théâtre du Temps, Paris 11e: Réservation obligatoire...
On était pas très tranquilles mercredi dans notre café de la place Denfert pour la dernière fois où nous y allions les 5 comédiens et m/m. Il fallait lutter contre un environnement sonore difficile, bruits de flippers et de voix fortes de bar... On a cependant bien travaillé, réglé des petits problèmes en entrant dans quelques détails, apercevant alors la force d'un passage qu'on n'avait pas perçue avant.
Les comédiens qui ont écouté des extraits des Entretiens diffusés à la radio s'inquiètent, ce qu'ils font n'a rien à voir, pensent-ils. Oui, ce qu'ils font est autre chose et je m'en réjouis, ils redonnent de la vie à ces paroles. Comme dit CG, s'il n' y a pas de renouvellement dans la façon de rendre les textes de MD, eh bien il y aurait le risque d'une disparition progressive... Le lendemain je suis allé au Théâtre du Temps où je n'étais pas allé depuis des mois. Redécouverte du «chemin des fleurs», cette allée qui fait commencer le plateau depuis l'entrée de la salle... Du coup la salle m'a paru plus petite. On m'a dit: 50 places, c'est la jauge!
Ce pourquoi il faut absolument réserver pour ne pas risquer de n'avoir pas de places. D'autant que s'il y a beaucoup de réservations nous pourrions organiser une séance supplémentaire le samedi à 20h.


13 février 2010//
Hier, travail avec Aurélie H et Vincent (les autres sont en tournage, shooting comme dit Thibault), le soleil d'hiver éclaire nos écrans à travers la vitre du café. On entre dans les détails. Donc on entre dans le texte, prendre le temps de le regarder à défaut de pouvoir intégrer que ces phrases étaient pensées en direct.
Sinon, il faudrait jouer à les penser en vrai, impossible. Donc il ne faut peut-être pas  vouloir s'approprier le texte?
Recherche d'équilibre entre articulation et vitesse, profération et lenteur. Entre ces deux positions possibles trouver le bon tempo. Ni trop grave ni trop léger. Du coup on redécouvre l'intérêt de cette mise en lecture -avant une mise en scène plus ambitieuse- redonner la vie que portaient "nos" paroles dans la conversation des Entretiens...
La prochaine fois on refera un filage avec tous, ce sera le dernier avant la répétition -sans public- au théâtre. Ensuite ce sera la 1ère répétition publique.
Pour la prod, on me dit qu'il faut chercher du coté de la Culture ou bien d'un mécène auquel tout le monde pense, s'il se reconnait qu'il m'appelle!

9 février 2010//
Quelques nouvelles de «On ne peut pas avoir écrit Lol V »... Vendredi dernier, on a fait pour la première fois un filage dans un café de la place Denfert où on y est tranquilles. La lecture commençait vraiment d'exister, c'était très émouvant: MD soudain, là où nous étions!
Et puis Il y a eu deux bonnes nouvelles. L'une que la lecture allait durer un peu moins d'une heure (c'est la version courte). L'autre que les acteurs-comédiens-lecteurs avaient été bons. Le fond est trouvé, une couleur se découvre, il n' y a que des détails à traiter, même s'il y en a forcément beaucoup. Il "n'y a qu'à" poursuivre la découverte du texte...
Par ailleurs les problèmes techniques qui ont tendance à apparaitre à mesure qu'ils se résolvent, se traitent tout de même... Penser aux lumières... à la musique, ça c'est presque fait... penser à une capture vidéo du spectacle, à des prises de photos durant cette 1ère répétition publique... pour ainsi dire rien.
Reste le trou noir, nous n'avons pas de production, un théâtre pour deux soirs m'était proposé, fallait-il que j'en attende une pour y faire cette lecture?

4 février 2010//
Les 6 mars à 18h et le 7 à 20h30, au théâtre du Temps : «On ne peut pas avoir écrit lol V...».
Bien sûr cette première répétition publique, ce sera moins qu'une lecture pour laquelle j'aurais réussi à réunir Bulle Ogier et Michael Lonsdale ou Axel Bogousslavsky. Assurément ç'aurait été une lecture magnifique, mais d'une certaine façon une lecture définitive. Encore que Bulle m'a dit son embarras à l'idée de lire la parole de MD parce que sous chacune de ses phrases elle entendait sa voix, au point de ne pas imaginer ce qu'elle aurait pu ajouter elle.

Avec un peu de mise en espace, cette première répétition publique sera donc aussi un peu plus qu'une lecture. En effet, en faisant appel à de jeunes comédien(ne)s je me suis lancé dans une autre aventure, celle de la découverte du texte et de la jubilation de le découvrir.
Et pour lire le texte de MD, j'ai choisi trois comédiennes, parce qu'une seule aurait dû soutenir le poids de représenter MD, ce qui aurait été franchement lourd et l'aurait exposé à la critique de ne pas le faire! De plus cette triple présence peut figurer la diversité et la complexité de la personnalité de Dame Duras. Par exemple Michelle Porte disait « avec MD on se plaignait et on pleurait » tandis que pour moi, c'était «on se parlait et on riait». C'est d'ailleurs cette dernière piste que j'entends privilégier, en accord avec le ton des Entretiens pour France Culture...

28 janvier 2010//
Une phrase de Deleuze : « Créer n'est pas communiquer, mais résister » circule un peu partout comme si c'était du bon pain. Pour moi créer n'est surement pas résister, car ce serait rester dans le même champ de l'objet de cette résistance. Ou alors secondairement, pour s'opposer à l'inertie.
Créer c'est transgresser pour le moins, se libérer assurément, voir plus loin et davantage, se déplacer dans un chemin mental plus ouvert ou plus complexe.
Deleuze a sorti beaucoup de phrases formidables tant il pratiquait une sorte de logorrhée créative, parfois avec le risque de léger dérapage, cela n'a d'ailleurs pas d'importance. En revanche cette phrase exprime qu'il n'aimait pas le concept de communication, pas plus qu'il n'aimait la modernité. Et encore moins les machines (à part peut-être les désirantes), Il avait par exemple toujours refusé d'avoir un lecteur de disques (vinyles) pour écouter de la musique. Ainsi peu de temps après qu'un appareil de ce type lui ait été offert, ce dernier était curieusement tombé en panne et sous ce prétexte il s'en était séparé... Philosophie n'est pas sagesse à tous vents.

Moi j'ai dû résister durant les années 1985 / 2000 au moins, pas contre la grande ennemie qu'est l'idéologie fasciste, celle-là je la traque partout où je passe. Non contre l'idéologie conservatrice et rétrograde et postmoderne que même de mes amis ont pu adopter jusqu'à ne plus me voir tout à fait comme ami ou même comme écrivain digne de ce nom. Car je ne suivais pas la pente vécue comme bonne pensée. Ils étaient croyait-il en résistance contre la modernité, le progrès que sais-je? Contre la technique, contre le numérique, contre le téléphone portable (ça leur a passé) contre toute transformation vécue comme un recul. Donc je résistais à tous ces contres, j'en ai même fait un livre (Les Voyageurs modèles). Je résistais aussi au mode catastrophiste, la peur de l'an 2000, les centaines de milliers de victimes annoncées avec la vache folle, voir le poulet fou (dont s'était même emparé un intellectuel aussi respectable et aimé que Edgar Morin (conférence à l'UNESCO) etc.

J'ai résisté en faisant le dos rond, pour ça que je n'aime pas cet amalgame créer / résister. Créer, on peut se dresser sur ses deux jambes.

25 janvier 2010//

Pourquoi faire appel à des comédiens de 20/30 ans pour lire ces dialogues tirés des Entretiens avec MD? D'abord parce qu'ils n'ont pas connu Duras, ne l'ont pas même vu intervenir à la télé, ou bien ne s'en souviennent plus. Ils ne connaissent pas très bien son oeuvre, parfois n'ont vu que l'Amant, le film, ou lu seulement Un barrage ou Le marin de Gibraltar. En revanche quand ils la lisent, ils le font bien différemment de la plupart des lecteurs des années 1970/90 qui trouvaient ses livres difficiles. Et il ne leur viendrait surement pas à l'idée d'affirmer comme la critique (qui était très critique à son égard) qu'il ne se passe rien dans ses livres ou bien que c'est ennuyeux ou encore que son écriture est pleine de tics.
Appel à des comédiens de cette génération 2000 donc, à qui je ne demanderai pas de jouer Duras, ni de faire du Duras ni même d'être durassiens. Bien plutôt de faire entendre la parole écrite de Duras dans une envie de découverte, au fond à la manière dont je suis allé la voir, enthousiaste de comprendre ce qui faisait que MD parlait, vivait et écrivait en écrivain. Jusqu'à écrire avec elle cette conversation en forme d'entretiens.
Il s'agit donc d'aborder son écriture sans crainte, avec douceur et aussi avec détermination, de proférer ses phrases pour la tester peut-être et, au final, « d'enjouer » la lecture du texte afin de transmettre le plaisir qu'on peut ressentir à la lire, quoi? de rendre le coté jubilatoire de son écriture...

20 janvier 2010//

C'est une histoire un peu merveilleuse d'une certaine façon. Ponctuant, au début et ensuite, ma belle relation d'amitié avec Marguerite Duras, j'avais produit Les Entretiens pour les Nuits magnétiques sur France Culture et puis écrit La Fiction d'Emmedée, un roman dont elle est le personnage principal. Je ne pensais plus me remettre sur son chemin ou y être redirigé jamais. D'ailleurs certains ont pu me dire, Duras, ça va, faut oublier maintenant. Il se trouve que j'avais un peu vécu la Fiction d'Emmedée à travers une pensée pour Diderot et son Neveu de Rameau. Dans la limite de toute comparaison. C'est à dire qu'il s'agissait d'une vraie relation, ayant existé...
Voilà que Catherine Gottesman après une lecture de textes de Duras au théâtre du Temps me demande si je verrais d'autres textes qui pourraient être lus. A l'instant je ne sais pas, j'avais dit en souriant, mais je vais réfléchir. Parce que souvent ça me plait de réfléchir sur quelque chose que je ne connais ou ne comprends pas. Et même longtemps, bien sûr pas à tous les moments des jours. Des mois plus tard, j'ai appelé pour lui parler des Entretiens. Catherine G et Alissa Thor m'ont aidé à les transcrire et je me suis mis à les travailler en gardant bien entendu l'entièreté des propos de MD. Un jour CG m'a dit il y aurait des dates, peut-être pas en fin d'année mais en début de celle à venir. En décembre, elle a dit fin février / début mars. Il suffisait de dire oui, en fait de ne pas dire non. Puis de rencontrer des comédiens, mi-janvier je n'en avais pas. Et puis voilà le 6 et 7 mars au théâtre du Temps, 1ère répétition publique, en version courte pour des raisons de bonne raison.

18 janvier 2010//
Les grandes expositions publiques déclenchent une sorte d'unanimisme qui est de plus en plus suspect. Outre qu'elles ne sont souvent pas d'actualité, même si elle sont destinées à faire l'actualité, elles sont faites pour plaire à tout le monde. Or en toute raison ça ne devrait pas pouvoir plaire à tout le monde. 

Elles sont chaque fois soutenues par une presse élogieuse, et abondante, et il est de bon ton d'en dire du bien. En tout cas de ne pas en dire du mal. Je me suis fait réprimander en privé et en dîner parce que je m'étonnais de l'exposition de lourds blocs d'immeubles en ruine sous la si jolie verrière du Grand Palais tout juste restaurée qui elle dégageait une légèreté extraordinaire (Monumenta 2007).

Mais pas de raison en effet de dire du mal de la dernière exposition sur Fellini, même si c'est de la culture rabâchée. Et de quel droit dire du mal a priori de la présente exposition de Boltanski au même Grand Palais à Paris? Certes J'aurais préféré qu'il nous fasse entendre le bruit des neurones plutôt que les battements de coeur. J'avoue aussi que l'empilement de vêtements fripes jusqu'au dégout ne m'intéresse guère et pas davantage qu'il ait fait couper le chauffage. De plein droit en revanche, je me révolte contre l'obsession de nous tirer vers la mort qu'a cet homme alors qu'il déclare aimer manger de la blanquette de veau...
Les grandes expositions correspondent au goût des organisateurs, et c'est bien normal, ou à celui supposé du très grand public. Encore qu'en l'occurrence le travail de Boltanski, artiste international autant qu'officiel, ne sera peut-être pas du goût du grand public pourtant si docile, prêt à faire des queues interminables, parce qu'il pense que la culture c'est bien!

17 janvier 2010//
A l'école, les enfants apprennent que les mots en eur se transforment en euse au féminin et que si certains mots sont identiques au masculin et au féminin, d'autres sont différents comme cheval et jument. Mais à part exceptions, il doit y en avoir, on ne leur apprend pas vraiment la féminisation des noms de métier qui s'est pourtant largement imposée malgré une ferme opposition des académiciens de France. Ainsi se sont généralisés en pratique les féminins comme auteure, professeure, ingénieure et docteure, qui tient encore à s'appeler docteresse? Et aussi entraineure, dans les disciplines sportives plutôt qu'entraineuse (à moins qu'on préfère dire coach)... Et pourquoi pas éditeure, chanteure, danseure et cultivateure, metteure en scène et réalisateure?... Si l'on objecte qu'à l'oral cela ne se distingue pas, il suffit de prôner la prononciation du e final, comme d'ailleurs cela se fait mal à propos dans bonjour-reu!

14 janvier 2010//
Pourquoi le cinéaste Eric Rohmer pensait-il que la langue du Moyen Âge était beaucoup plus précise que la nôtre? Voici sa phrase retranscrite:
«Quand on compare la façon de parler actuellement avec la façon de parler au Moyen Âge, on trouve que nous sommes beaucoup plus lourd et plus obscur. On était beaucoup plus clair à ce moment-là. On disait les choses très simplement et très directement. Tandis que maintenant on emploie très souvent beaucoup de figures, de périphrases etc. Donc de ce coté-là on a perdu...»
Pourquoi donc? Sans doute parce qu'une idée répandue est que ce qui vient de l'origine est plus pur. Pourtant en termes de langue comme en termes de race ce concept est bien douteux. En l'occurrence le français venait du latin, se construisant par intégration de différents apports d'autres langues et de patois locaux.
Certains académiciens d'hier pensaient que la langue la plus précise était celle du 18e siècle. Beaucoup de clercs d'aujourd'hui pensent que la langue contemporaine s'est dégradée par rapport à celle du passé.
Il me semble que maintenant on pourrait s'approcher d'une langue de plus en plus précise en intégrant les logiques contemporaines. Cela a d'ailleurs était son cheminement depuis des siècles. Et ce devrait continuer de l'être si on voulait bien garder vivante cette langue, en tout cas écrite, car la langue parlée elle ne cesse de s'inventer.

7 janvier 2010//
Un rapport traitant de "l'avenir de la création sur Internet" vient d'être remis au Ministre dit de tutelle. Certainement intéressant, quoique surréaliste dirait mon voisin de palier, en tout cas au regard de certaines propositions. Croire par exemple qu'on va imposer à la terre entière des mesures telles que le prix unique pour les livres numériques est cocasse ou arrogant et laisse penser que les gens qui ont produit ce rapport ne se rendent pas compte que le système internet est mondial. Glissons du coup vers un point d'achoppement quotidien pour l'acheteur de livres. On ne sait pas pourquoi, mais commander un livre dans une librairie locale implique un délai d'obtention d'une semaine au moins. En revanche en commandant sur le net, le livre arrive par la poste dans les deux ou trois jours sans frais. Il se trouve que l'on doit souvent commander des livres car matériellement tous les livres ne peuvent être stockés localement. Ajoutons que par pur mécanique de marché les librairies de quartier, dont je suis comme beaucoup un grand partisan, ne peuvent avoir en stock que les livres les plus demandés et/ou les livres envoyés d'office par les grandes maisons d'édition...

28 décembre 2009//
Pourquoi s'enthousiasmer pour le mouvement de révolte qui se développe en Iran? Bien sûr parce que cette contestation est dirigée contre ce que les manifestants appellent une dictature, qui en plus ne respecte pas ses propres principes. Mais encore parce que c'est un mouvement qui pourrait toucher la terre entière, en effet sous-jacent il porte cette revendication d'une liberté d'exister, un peu à la manière de ces lycéens de France qui ces semaines dernières exprimaient leur volonté de ne pas vivre "en prison". De plus il ne s'agit pas de transformer la société à l'occidentale, ce pourquoi il influencera les autres sociétés sous régime religieux ou dictatorial. Il ne devrait pas pouvoir être arrêté quand bien même le régime serait de plus en plus répressif. La moité de la population iranienne à moins de 27 ans et elle est  très utilisatrice des technologies de communication. Les manifestant sont jeunes, seulement armés de leur téléphones portables et d'une formidable énergie de vie. Le bruit du monde, à Tehran, hier, était celui d'un monde qui va bouger, qui est en train de basculer sous la pression d'un mouvement fort de liberté, de vie, d'énergie, de beauté qui monte.

23 Décembre 2009 //

Le langage texto fait très peur aux lettrés et pas seulement aux bourgeois lettrés. Ils y voient une perte de langue autant que d'eux-mêmes. Pourtant le langage texto a un mérite, celui de pousser la langue vers son expression la plus réduite. D'accord, c'est parfois incompréhensible pour qui n'y est pas habitué. Et la plupart des habitués de l'écrit, dont je suis, rédigent des textos en langage écrit. J'ai cependant souvent la tentation de laisser « tomber » des formes absconses, par exemple le s de mon corp ou l'apostrophe d'aujourdhui...
On doit avoir conscience que c'est comme ça que la langue s'est formée.
D'ailleurs les copistes du Moyen-Âge utilisaient des diminutifs, tel le X pour indiquer le eu du pluriel ancien qui hélas nous est resté dans différents cas irréguliers à la place du s...

18 décembre 2009//
« Sur internet, on y écrit aussi! » déclarait récemment Michel Winock, il est vrai dans une émission de radio culturelle dont l'animateur ne semble toujours pas se servir d'internet. Autant cette phrase aurait pu être exacte dans les années 1990, autant elle devrait désormais se transformer en « on y écrit beaucoup et même majoritairement ». Car internet est en effet devenu le lieu de l'écrit, le support de quantités innombrables d'écrits et ce même si on écarte tout ce qu'il peut y avoir de très mauvais ou d'inconsistant. Oui, diront les chagrins, mais ce sont des textes plus courts, internet ça réduit tout etc. En fait non, on peut y diffuser aussi bien des thèses que de petites notes, y lire des livres numérisés du domaine public ou d'auteurs contemporains... Il reste que le livre papier n'a jamais été aussi présent. Jamais autant de livres n'ont été vendus dans le monde. Et puis son influence est de plus en plus considérable, en tout cas n'a jamais été aussi forte. Notamment parce que les gens des médias s'appuient sur des livres pour construire leurs émissions. Ils pourraient le faire aussi à partir de textes diffusés sur le net, mais pas pour l'instant, patience, il leur faut le temps de « s'updater »!

13 décembre 2009//

La presse annonce la création par Bernard Pivot d'un comité de défense du beaujolais, le vin, symbole selon lui de «l'identité française ». J'ai eu peur en lisant l'information que cet homme se lance à nouveau dans la défense de la langue française qui est tout autant et plus encore symbole de l'identité française. En effet, avec la manie qu'il a, lui et ses collègues conservateurs, de vouloir réhabiliter de vieux mots français et en même temps de fermer les possibilités de néologismes, il aurait risqué d'enfoncer encore un peu plus le Français dans une position de langue vieillissante où l'on ne crée plus de concepts. Car pour rester vivante la langue française a besoin d'être vivante! C'est à dire de se laisser envahir, comme d'ailleurs cela se passe naturellement dans l'oral, par les nouveaux mots, les nouveaux concepts, les nouvelles formes, les nouvelles manières de former la phrase... Ces dernières font gerber les bourgeois de la langue quand pourtant ce sont souvent des formes mutantes, aberrantes ou détonantes qui ont forgé des phrases considérées comme huppées désormais.

11 décembre 2009//
Écrire des choses non écrites, si tu savais, des choses qui n'ont jamais été écrites.... Toi tu t'intéresses à la pensée antique, bon, moi ce que je privilégie, c'est le non écrit encore. Pourquoi je veux écrire? c'est pour écrire ça, des choses non écrites. Certes, je ne suis pas le seul à le vouloir et à tenter de le faire, même s'il n'y en a pas tant que ça. Écrire surtout ce que je veux, pouvoir écrire tout ce que je veux, en transgressant le dit habituel et général. Manière de se libérer par l'écriture du commun de la vie, la littérature c'est ça. Mais pourquoi? Question de gout ou de mental! Mais encore? Le non écrit encore, quand il s'écrit, m'apporte plus d'explications sur le monde et la vie que l'écrit historique...

7 décembre 2009//

Une rumeur tenace dit que nombre d'écrivains à succès font appel à des rewriters pour rédiger leurs livres à partir de brouillons qu'ils apportent à l'éditeur. Comme c'est vrai pour beaucoup de « personnalités » publiant un livre, qui elles ne savent pas les écrire, ce peut l'être aussi pour quelques-uns de ces auteurs reconnus dont la critique peut cependant vanter la qualité de l'écriture... 
D'ailleurs on pourrait considérer que c'est le brouillon qui est l'essentiel du travail. Sauf que tout écrivain sait bien que le plus dur c'est justement de travailler un brouillon pour arriver à un texte écrit, élaboré et fini. 
Mais curieusement la rumeur ne fait pas état de la pratique la plus répandue, à savoir le rewriting de livres considérés comme achevés par leurs auteurs et qui sont en effet revus et corrigés par des directeurs d'édition de sorte d'en faire un produit accessible et/ou vendable au plus grand nombre...

3 décembre 2009//

Le réchauffement climatique est une donnée contemporaine, même si ce n'est pas la première fois que la terre s'est réchauffée. Ce qui constitue une première est que ce réchauffement cette fois est sans doute provoqué par l'activité humaine. Une autre première fois réside dans le fait que les humains entendent intervenir pour modifier le climat afin d'éviter que leur Terre ne s'embrase. Car historiquement les humains percevaient le climat d'une façon parfaitement fataliste. Et ils le traitaient d'une façon tout aussi parfaitement irrationnelle. D'ailleurs à chaque événement climatique, les témoins ou victimes réagissent encore par un « on n'a jamais vu ça », tandis que les météorologues ont tendance à constater que cela n'était pas arrivé depuis telle ou telle date... La grande nouveauté plus encore qu'une première fois, c'est la perspective d'un monde sans carbone, à l'énergie renouvelable, au développement durable, à la consommation contrôlée...

28 novembre 2009//
C'est à ne pas le croire, il y a des clercs, il faut les appeler comme ça, des écrivains, auteurs, intellectuels qui ne supportent pas la langue d'aujourd'hui. Celle de l'oral et surtout celle des jeunes gens. Vrai qu'ils ne s'attaquent pas au parler des stades de foot ou des bars de toujours. Non, ils visent la langue des ados lycéens qui comme à chaque génération a ses mots à la mode et ses tics, de fait la langue la plus vivante en ce qu'elle est perméable aux frémissements conjoncturels de vie.
Cette langue les révulse, au point de prôner l'éloignement. Le leur, celui des clercs. Au fond c'est comme ils veulent, qu'ils se barrent et laissent les ados enrichir la langue. Sauf qu'en réalité ils ne s'éloignent pas tant que ça, car la plupart sont édités par l'une ou l'autre des éditions majeures en place à Paris. Et ont par conséquent pignon sur rue et media avec leurs livres.
Ce qui est drôle, c'est que le français qu'ils pratiquent -qu'ils qualifient d'orthodoxe ou de classique, ou même de normal (Finkelkraut)-, est une langue qui a beaucoup bourlingué, qui a été mâtinée de formes orales non orthodoxes, considérées en leur temps comme déviantes et vulgaires par leur prédécesseurs, si l'on ose dire!

24 novembre 2009//
Hier dans ma rue, un homme sans abri, clairement délabré autant qu'aviné me demande d'appeler le 115. Mes premiers appels indiquent que les travailleurs sociaux sont tous en ligne et qu'il faut rappeler plus tard, ceci dit en plusieurs langues. Je rappelle plusieurs fois et finalement obtient un message en boucle m'enjoignant de ne pas quitter, m'assurant que j'allais être mis en relation avec un permanencier, le temps d'attente prévisible étant estimé à six minutes, une musique au piano quasi durasienne ponctue le message répété en différentes langues là encore. Je déclenche le haut-parleur de mon téléphone et patiente sans trop d'impatience. Au bout de quelques minutes, le message s'interrompt, mais hélas je ne capte pas de voix à l'autre bout du fil et mes « allos » répétés me sont renvoyés en écho. Je raccroche et rappelle, cette fois il est dit d'une façon tranchée que le serveur étant saturé il faudra rappeler. Je me penche par la fenêtre et constate que l'homme est parti. Il a dû penser que je n'avais pas appelé.
Une info indique qu'il y aurait eu environ 8800 morts en 20 ans dans le conflit israélo-palestinien. C'est affreux mais cela correspond à deux ans de morts par accidents de la route en France. Pas la même chose, certes, mais d'une même bêtise en tout cas. La preuve, en 1999 ce conflit avait fait seulement 19 morts tandis que pour les accidents de la route on est passé de près de 20 000 morts en 1975 à environ 4000 en 2008, les chiffres restant bien entendu des chiffres et pas plus!

22 novembre 2009
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Brigitte Fontaine a fait un tabac l'autre soir au Palace. Une file d'attente partait du métro Grands boulevards jusqu'à l'entrée du théâtre. Jamais un de ces concerts me semble-t-il n'avait autant dégagé d'instants de ferveur, il y a même eu de vrais pics de ferveur, par exemple quand elle a chanté: « et si je meurs ce sera de joie ».
Sur FB des gens notent qu'elle est exactement dans l'époque... Bon, quand elle chante Prohibition, elle semble nous dire que nous vivons une époque de prohibition. Mais est-ce qu'elle décrit l'époque, une époque de prohibition? Ou bien est-ce qu'elle rapporte ce que les gens croient? L'opinion générale étant en effet qu'il y a de plus en plus de règlements, d'interdictions, que bientôt on va devoir demander une autorisation pour aller pisser. Ce qui était d'ailleurs le cas dans toutes les bonnes structures du passé, les casernes, les établissements scolaires, les usines etc. Mais l'époque est elle vraiment une époque de prohibition? Pour elle, oui, en tout cas en ce qui concerne le tabac.
J'aime à lui rappeler que Juliette, celle de Victor Hugo, s'enfuyant en Bretagne pour se rendre à Brest était restée bloquée à Rennes parce qu'elle avait oublié son passeport à Paris... Je lui dis aussi qu'aujourd'hui un enfant de huit ans peut avoir d'un clic un poème de Verlaine ou de Rimbaud. Il n'empêche qu'elle chante: « Très bientôt musique, amour, poésie seront interdits par tous ces maudits » Elle doit avoir raison de se méfier!

19 novembre 2009//
La France étonnante, ce matin tandis que la Tour Montparnasse étincèle de brumes, c'est le jour du vin nouveau, on découvre dans les rues des étals de beaujolais nouveau que l'on peut déguster accompagné de morceaux de charcuterie censée aller avec... dès dix heures du matin!
Sur son blog, Le tiers livre, un écrivain larmoie à propos d'une décision administrative supprimant la direction du livre pour la noyer dans une direction des medias et des industries culturelles. Moi j'ai toujours pensé que les structures administratives n'avaient rien à voir avec la littérature. Lui conclut d'un (populiste)  "Triste boutique, la France"!
Michel Onfray, censé être philosophe d'aujourd'hui, décline les quelques oeuvres oeuvres essentielles qu'il garderait en dernier ressort: un livre de Lucrèce, de Sénéque, un Spinoza, un Nietzsche, les Essais de Montaigne... "et on pourrait s'arrêter à ça", il dit. Rien de plus récent! Ni Freud ni Einstein. Pas de contemporains, cad pas de pensée, pas de vision contemporaines, alors que ce monde ne serait tout simplement pas lisible pour les auteurs qu'il a retenus. Pas de curiosité affirmée pour tous ces essais en particulier américains de ces dernières trente années qui tentent d'appréhender le monde et l'humain à travers les plus récentes observations!

12 novembre 2009// 

Retour sur les prix littéraires: Il a été beaucoup remarqué que trois des quatre derniers sélectionnés pour le Goncourt avaient été publiés par Jérôme Lindon des éditions de Minuit, même si finalement la lauréate, comme ça s'appelle, est désormais chez Gallimard. 
Se rappeler qu'à une époque Jérôme Lindon, ainsi qu'il le disait, publiait les auteurs refusés par les grandes maisons d'édition du moment et par ailleurs ne prenait pas même la peine d'envoyer les livres aux jurys des prix, sachant qu'il n'en obtiendrait pas, étant donné la composition de ces jurys (des gens hostiles à cette littérature).
Que s'est-il passé depuis lors, outre que la Seine a continué de couler sous les ponts de Paris? La société, les lecteurs et le monde littéraire auraient progressé dans un sens de plus d'exigence littéraire? Ou alors, quoi? ce serait le niveau de l'école Minuit qui se serait adapté au niveau normal de toujours?

7 novembre 2009//
Je ne sais si Marie Ndiaye a choisi qu'il en soit ainsi mais la première question que les médias lui posent est de savoir si elle se sert d'internet.
A quoi, d'un air pincé, elle répond qu'elle s'en sert le moins possible, seulement pour recevoir ses mails ou pour avoir une information précise et que sinon, non, elle ne surfe pas, surtout pas.
Elle se déclare par ailleurs «100% papier», comme si c'était le prix à payer pour en passer par une si grande diffusion et donc par le soutien d'une grande maison d'édition (papier). En tout cas cette prise de position semble représenter l'engagement majeur de l'auteure.
Cela va sans doute avec une nouvelle tendance des gens "bien" qui vise à protéger les enfants d'internet, de sorte qu'ils s'en servent le moins possible, c'est en effet l'expression avancée, donc la même.
Ce qui n'est pas sans rappeler la position d'interdiction de l'église catholique, il y a à peine plus d'un siècle, à l'égard des cabinets de lecture (ancêtres de nos bibliothèques) et à l'égard de livres et d'auteurs qui forment notre fonds classique d'aujourd'hui.
Que faut-il faire pour être écrivain? Lire, lire, et lire, déclame la couronnée Goncourt. Peut-être qu'elle a raison même si moi je croyais qu'il fallait surtout écrire. 
Me rappelle que notre premier éditeur commun, Jérôme Lindon, des éditions de Minuit, me faisait le reproche que "mes" personnages de Rauque la ville ne lisaient pas (dans le livre)...
S'agit-il donc d'un plan média pour cette auteure qui tiendrait compte du lectorat potentiel d'un livre qui doit se vendre beaucoup (public féminin, pas très jeune, peu tourné vers les TIC, retors à la modernité...)?  
Je n'arrive pas à le croire. Ce serait donc seulement de l'idéologie?

5 novembre 2009//
Au delà de l'hommage rendu par toute l'église intellectuelle à Claude Lévi-Strauss, hommage bien mérité d'évidence, je ne peux m'empêcher de mettre en avant la prédiction terrible de l'anthropologue: «Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui ».
Phrase terrible en effet en ce qu'elle émane d'un intellectuel particulièrement brillant, même s'il a passé plusieurs décades de sa vie dans cet endroit de mort intellectuelle qu'est l'académie française.
Sauf qu'il n'était pas nécessaire d'inventer le structuralisme pour la faire cette prédiction. D'abord parce qu'elle aurait pu être faite dès les premiers émois de la pensée humaine. Et ensuite parce qu'elle n'intègre pas la donnée de l'aventure spatiale qui se développe quoi qu'il arrive sur Terre.
Faudrait-il alors mettre en cause le pessimisme fondamental de cet homme, lié à une sorte de catégorie mentale plus qu'à une déduction de raisonnement logique.
Sans doute qu'alors s'expliquerait également son pronostic encore plus  terrible, celui d'une «dégradation irrémédiable des rapports entre les humains».

30 octobre 2009//
BS croit faire une découverte en citant la fameuse phrase de Hobbes, «L'homme est un loup pour l'homme». 
Je lui réponds: très certainement, et la femme?
Trop tentant en effet de faire jouer la phrase sous différentes formules: La femme est une louve pour l'homme, ou l'homme est un loup pour la femme etc.
Me répond, feignant de croire que je ne le saurais pas, qu'en l'occurrence « l'homme » est générique.
Hobbes ne pouvait pas le dire autrement. Ne pouvait pas opter pour humain (homme, femme, enfant) comme nous commençons de le faire.
L'humain serait-il un loup pour l'humain? 
Question qui fait aussitôt ressortir le vieux côté de la phrase, sa signification désuète. 
Car, non, il n'est pas loup. 
En fait l'humain est humain avec l'humain, c'est-à-dire pas toujours très humain.

16 octobre 2009//
La preuve que la langue bouge tout le temps, c'est que malgré leur train-train de sénateurs, les académiciens français en sont à travailler sur la 9 ème édition de leur dictionnaire, -à la lettre P (à moins que ce soit Q)-, sinon ils en seraient restés à la 1ère édition d'il y a 300 ans à peu près... Si la huitième a été réalisée en 3 ans, entre 1932-1935, la présente commencée en 1986 demandera plus de temps, sans doute pas loin de trente ans! Il faut dire que pas mal de choses ont changé dans la langue, beaucoup de mots nouveaux, de graphies nouvelles aussi et plein de mots tombés en desuétude. 
En fait, ils constatent l'usage, plus ou moins, car avec résistance et retard...

13 octobre 2009//
... "Oui, on pourra, continuais-je, tout en gardant sa sérénité et sa bonne humeur, voir surgir une araignée le matin sans penser «signe de chagrin»…
-Ah vous dites cela en français ! m’avait interrompu Yoshiko…
-Oui, et on dit «araignée du soir, signe d’espoir»…
-C’est drôle, chez nous, dans mon pays du matin calme, c’est le contraire, le matin ça va, c’est bon signe, le soir, une araignée c’est mauvais…"
(in Les Voyageurs modèles)

9 octobre 2009//
Au fond la question posée par l'hypothèse d'une réforme de l'orthographe est de savoir si la langue est constante depuis des siècles et même des décades, ce qui n'est pas le cas, et si il est raisonnable de penser qu'elle le restera pendant les siècles à venir, ce qui ne se peut.
La langue française s'est élaborée petit à petit, autant sur les ruines d'autres langues qu'au frottement de l'usage, depuis environ douze cents an. Plus ou moins stabilisée par les dictionnaires imprimés, elle semble reprendre sa liberté naturelle avec l'irruption de l'écrit numérique et par suite d'un conflit grandissant entre logiques contemporaines objectives -celles de l'informatique par exemple- et logiques subjectives de l'orthographe étymologique.
Introduire des rectifications audacieuses dans l'orthographe, et surtout laisser l'usage développer une sorte de créativité naturelle, c'est  y insérer un plus, y mettre de la vie présente et ainsi continuer de construire notre langue.

6 octobre 2009//
Libération du 5/10/09 fait dire au linguiste Jean-Pierre Jaffré « Je suis pour une une libéralisation de l'orthographe ». De quoi se réjouir que ce journal s'y mette, ce titre rappelant mon « Libérons la langue française » paru dans Le Monde (14/01/1998) qui avait cependant un objectif plus large, puisque j'y appelais à une inventivité dans l'usage de la langue autant en orthographe que dans la création de mots.
Le sujet est en effet récurrent tant les forces qui s'opposent à la transformation sont fortes. Et pourtant le niveau de l'orthographe a continué de baisser et le déclassement du français à l'étranger également. Or ce serait en rendant la langue française plus logique que ces deux tendances pourraient être combattues et non en conservant les choses en l'état.
Ce linguiste préconise des pistes simples comme le s au pluriel toujours, la supression de lettres qui ne se prononcent pas et le non-accord du participe passé avec avoir, à quoi on pourrait ajouter le e toujours pour le féminin et le non e pour le masculin...
Mais n'est pas mise en avant la nécessité logique d'une réforme alors qu'aujourd'hui il y a clairement un conflit entre les logiques contemporaines objectives -apprises en informatique par exemple- et celles de l'orthographe étymologique plutôt subjectives.
Pourquoi par exemple supprimer les accents circonflexes sur le i de paraitre ou de chaine (tv)? 
Outre que l'écriture de cet accent sur le clavier est compliquée, il faut admettre que désormais il ne se prononce plus.
Par ailleurs, comme elle l'a toujours portée, l'orthographe doit avoir une fonction d'information et non comme beaucoup de ses règles colporter une fonction de continuité étymologique.
Un nouvel argument vient justement d'être lancé en faveur de cette continuité qui propose de recourir à la pratique des correcteurs orthographiques pour faire face aux anomalies sans avoir à les apprendre. Mais ce serait alors traiter le français comme une langue morte.
La perspective de réforme est hélas vécue avec déchirement, pas seulement par ceux qu'on appelle les « puristes » (!) mais par les gens en général. Comme s'il s'agissait d'une action négative de plus, comme si ca allait être un moins, quelque chose qui nous enlèverait encore de l'acquis.
Pourtant c'est tout le contraire, il s'agit d'insuffler de la vie, d'y insérer du plus.
La langue serait plus forte, les acteurs portés vers un usage créatif et non occupés par la véritable discipline que constituent les difficultés inutiles et désuètes de la langue française.

30 septembre 2009//
Ça plait beaucoup aux journalistes de parler de la baisse du niveau de l'orthographe... Voici un logiciel d'entrainement à l'orthographe qui s'appelle Voltaire, donc ils en parlent avec délectation.
Il se trouve que le grand Voltaire a bagarré ferme un partie de sa vie pour déclencher une réforme de l'orthographe, lui qui écrivait: « L'écriture est la peinture de la voix: plus elle est ressemblante, meilleure elle est ». 
Une réforme qui interviendra en effet mais à peu près 50 ans après sa mort.
Ce nouveau logiciel intègre-t-il le fait qu'aujourd'hui il y a clairement une conflit entre les logiques contemporaines objectives apprises à l'école et celles de l'orthographe étymologique qui ne le sont guère, mais bien plutôt subjectives, presque religieuses?
La question n'est même pas posée.
En 1990, suite à un initative du gouvernement Rocard- étaient publiées au Journal officiel un ensemble de rectifications de l'orthographe que l'Academie française finira par adopter dans son dictionnaire.
Cependant que croit-on qu'il en est advenu à l'école, eh bien les enfants apprennent toujours les règles antérieures.
Par exemple, alors que parmi les rectifications était proposée la suppression de l'accent circonflexe sur le i, les enfants doivent continuer d'écrire chaine (de télé) avec cet accent qui pourtant ne se prononce plus.



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